Quand je dis à des confrères que je code, la réaction est toujours la même. Un mélange de curiosité et de perplexité. « Mais pourquoi ? Tu n’as pas des devs pour ça ? » Si, j’en ai. Mais savoir coder a changé ma façon de penser mon métier, de gérer mon cabinet, et de construire mes entreprises. Laissez-moi vous expliquer.
Le déclic : un problème que personne ne résolvait
Tout a commencé par une frustration très concrète. Dans ma pratique en droit du travail, je passais un temps fou à analyser des tableaux de taux AT/MP, à croiser des données CPAM, à vérifier des calculs de cotisations. Des tâches répétitives, chronophages, et à faible valeur ajoutée juridique.
J’ai cherché un outil pour automatiser ça. Rien. Les logiciels juridiques du marché faisaient de la gestion de dossiers, pas de l’analyse de données. J’ai contacté des développeurs pour créer un prototype. Les devis étaient délirants pour ce qui me semblait être un problème simple.
Alors je me suis dit : si je veux que ça existe, je vais devoir comprendre comment ça se construit. J’ai commencé par Python. Pas pour devenir ingénieur, mais pour comprendre la logique, être autonome sur des petits scripts, et surtout pour pouvoir dialoguer intelligemment avec des développeurs.
Comment j’ai appris (et ce qui a marché)
Je n’ai pas fait de bootcamp. Je n’ai pas suivi de formation certifiante. J’ai appris en faisant, sur des problèmes réels. Mon premier script Python servait à parser des PDF de notifications CPAM pour en extraire les données clés. C’était moche, mais ça fonctionnait.
Ensuite, j’ai touché au web avec HTML, CSS, un peu de JavaScript. Pas pour devenir front-end developer, mais pour comprendre comment fonctionne une application web. Quand j’ai voulu construire GérerMesATMP, cette base m’a permis de rédiger un cahier des charges précis, de challenger les choix techniques, et de prototyper des écrans moi-même.
Ma méthode : un problème concret par semaine. Automatiser l’envoi d’un mail de relance. Créer un tableau de bord pour suivre mes dossiers. Scraper des données publiques pour une veille juridique. Chaque mini-projet m’apprenait un concept nouveau.
Je ne suis pas devenu développeur. Je suis devenu un avocat qui comprend le code. Et cette nuance fait toute la différence.
Ce que ça change au quotidien
Concrètement, savoir coder m’a donné trois super-pouvoirs. Le premier : l’automatisation. J’ai scripté des dizaines de tâches dans mon cabinet. La génération de courriers types, le suivi des délais de procédure, la facturation récurrente. Ce qui prenait des heures ne prend plus que des minutes.
Le deuxième : la capacité à construire des produits. DAIRIA IA et GérerMesATMP n’existeraient pas si je ne comprenais pas la technique. Pas parce que je code tout moi-même, mais parce que je sais ce qui est faisable, ce qui est complexe, et ce qui est du bullshit quand un prestataire me vend du rêve.
Le troisième : la crédibilité dans l’écosystème tech. Quand je parle à des investisseurs, des développeurs ou des partenaires techniques, je ne suis pas l’avocat perdu dans un monde qu’il ne comprend pas. Je parle leur langage. Et dans le monde de la legaltech, c’est un avantage compétitif énorme.
Faut-il que tous les avocats apprennent à coder ?
Non. Pas tous, et pas forcément à coder au sens strict. Mais tout avocat qui veut rester pertinent dans les dix prochaines années doit comprendre comment fonctionne la technologie. Pas en surface, pas en lisant des articles LinkedIn. En mettant les mains dedans.
Avec l’IA générative, cette compétence est devenue encore plus accessible. Aujourd’hui, un avocat peut utiliser des outils comme Claude pour écrire des scripts, automatiser des process, ou prototyper des solutions. La barrière technique n’a jamais été aussi basse.
Ce que je recommande à tout confrère curieux : commencez par identifier une tâche répétitive dans votre quotidien. Une seule. Et essayez de l’automatiser. Vous apprendrez plus en un week-end qu’en lisant dix livres sur la transformation numérique.
Le code comme outil de liberté
Au fond, apprendre à coder m’a donné quelque chose de plus profond qu’une compétence technique. Ça m’a donné de la liberté. La liberté de ne pas dépendre entièrement de prestataires. La liberté de tester une idée en un week-end au lieu d’attendre trois mois de développement. La liberté de penser mon cabinet comme un système, pas comme une pile de dossiers.
Est-ce que c’est bizarre, un avocat qui code ? Peut-être. Mais dans un monde où la tech transforme chaque profession, les profils hybrides sont ceux qui créent le plus de valeur. Et je préfère être bizarre et libre que conventionnel et dépendant.