Actu jurisprudentielle Conseils pratiques Conventions collectives Droit du travail La paye

Forfait jours : les dernières décisions de la Cour de cassation à connaître

Sofiane Coly Sofiane Coly
11 juillet 2025 5 min de lecture
Forfait jours : les dernières décisions de la Cour de cassation à connaître

Le forfait jours est un outil de flexibilité prisé par les employeurs pour leurs cadres autonomes. Mais c’est aussi l’un des dispositifs les plus contentieux du droit du travail. La Cour de cassation continue de prononcer la nullité des conventions de forfait dont les garanties sont insuffisantes. Voici les dernières décisions à connaître et les mesures à prendre pour sécuriser vos pratiques.

Rappel : qu’est-ce que le forfait jours ?

Le forfait annuel en jours permet de décompter le temps de travail d’un salarié en jours sur l’année plutôt qu’en heures. Il est réservé aux cadres disposant d’une réelle autonomie dans l’organisation de leur emploi du temps et aux salariés dont la durée du travail ne peut être prédéterminée. Le plafond légal est fixé à 218 jours par an (article L. 3121-64 du Code du travail).

Sa mise en place nécessite impérativement un accord collectif (accord d’entreprise ou de branche) et une convention individuelle de forfait signée par le salarié. L’accord collectif doit contenir des clauses obligatoires précises, et c’est là que le bât blesse dans la plupart des contentieux.

Les 3 clauses obligatoires de l’accord collectif

Depuis la loi Travail du 8 août 2016, l’article L. 3121-64 du Code du travail impose que l’accord collectif autorisant le forfait jours détermine obligatoirement :

1. Les modalités de suivi régulier de la charge de travail. L’accord doit prévoir comment l’employeur évalue et suit la charge de travail du salarié tout au long de l’année. Un simple entretien annuel ne suffit pas. Il faut un suivi régulier : relevé mensuel de jours travaillés, alerte en cas de surcharge, mécanisme de rééquilibrage.

2. Les modalités de communication périodique entre employeur et salarié sur la charge de travail, l’articulation vie professionnelle/vie personnelle, la rémunération et l’organisation du travail. La Cour de cassation exige des échanges effectifs, pas de simples formalités sur le papier.

3. Le droit à la déconnexion. L’accord doit prévoir les modalités concrètes d’exercice du droit à la déconnexion, conformément à l’article L. 2242-17 du Code du travail. Cela peut inclure des plages horaires sans emails, la désactivation des notifications, ou une charte d’utilisation des outils numériques.

Les décisions récentes qui doivent vous alerter

La chambre sociale de la Cour de cassation maintient une jurisprudence exigeante sur le forfait jours. Voici les principaux enseignements des arrêts récents :

La nullité pour insuffisance des garanties conventionnelles

La Cour de cassation continue de prononcer la nullité des conventions de forfait lorsque l’accord collectif ne contient pas de garanties suffisantes pour protéger la santé et la sécurité du salarié. Un accord qui se contente de prévoir un entretien annuel sans mécanisme d’alerte ni suivi régulier est jugé insuffisant. Conséquence : le salarié peut réclamer le paiement d’heures supplémentaires sur plusieurs années, ce qui peut représenter des sommes considérables.

L’inopposabilité pour défaut d’exécution

Même lorsque l’accord collectif est conforme, la convention de forfait peut être privée d’effet si l’employeur ne respecte pas ses obligations en pratique. Si vous ne menez pas les entretiens prévus, si vous ne contrôlez pas le nombre de jours travaillés, ou si vous envoyez des emails le dimanche soir en attendant des réponses immédiates, le forfait peut être déclaré inopposable au salarié.

La requalification en heures supplémentaires

Lorsque le forfait jours est annulé ou privé d’effet, le salarié repasse sous le régime des 35 heures. Il peut alors réclamer le paiement de toutes les heures supplémentaires effectuées au-delà de 35 heures hebdomadaires, majorées de 25 % puis 50 %, sur les 3 dernières années. Pour un cadre travaillant habituellement 45 heures par semaine, cela représente facilement 15 000 à 30 000 euros de rappel de salaire.

Le cas particulier des conventions collectives de branche

De nombreux employeurs se reposent sur l’accord de branche pour justifier leur forfait jours. Mais attention : plusieurs accords de branche ont été jugés insuffisants par la Cour de cassation. C’est le cas notamment de la convention Syntec (dans sa version antérieure à l’avenant de 2014), de la convention du commerce de gros, et de plusieurs branches industrielles.

La solution ? Même si votre branche autorise le forfait jours, négociez un accord d’entreprise qui complète les dispositions conventionnelles avec des garanties concrètes et opérationnelles. Un accord d’entreprise bien rédigé offre une meilleure sécurité juridique qu’un accord de branche généraliste.

7 mesures concrètes pour sécuriser vos forfaits jours

1. Vérifiez votre accord collectif. Relisez l’accord qui autorise le forfait jours dans votre entreprise. Contient-il les trois clauses obligatoires de l’article L. 3121-64 ? Si non, renégociez-le.

2. Mettez en place un relevé mensuel. Chaque salarié en forfait jours doit remplir un document indiquant les jours travaillés et les jours de repos. Vérifiez que ce document est effectivement complété et archivé.

3. Menez les entretiens obligatoires. Au minimum un entretien annuel portant spécifiquement sur la charge de travail, l’articulation vie professionnelle/vie personnelle et la rémunération. Documentez cet entretien par un compte-rendu signé.

4. Créez un mécanisme d’alerte. Le salarié doit pouvoir signaler une surcharge de travail à tout moment. Prévoyez une procédure claire : qui alerter, dans quel délai l’employeur doit réagir, quelles mesures correctives sont envisagées.

5. Formalisez le droit à la déconnexion. Rédigez une charte ou intégrez des dispositions concrètes dans votre accord : pas de mails après 20h, pas de réunions avant 8h30, désactivation des notifications le weekend.

6. Vérifiez chaque convention individuelle. La convention doit être écrite, signée, et mentionner le nombre de jours, la rémunération, et les modalités de décompte. Un simple avenant au contrat de travail peut suffire, mais il doit être précis.

7. Contrôlez le nombre de jours effectivement travaillés. Si un salarié dépasse les 218 jours, vous devez réagir. Le rachat de jours de repos est possible (avec l’accord du salarié) dans la limite de 235 jours par an (article L. 3121-66), avec une majoration minimale de 10 %.

Le conseil DAIRIA : Un forfait jours annulé, c’est potentiellement 3 ans d’heures supplémentaires à payer pour chaque cadre concerné. Ne prenez pas ce risque. DAIRIA audite vos accords collectifs et vos conventions individuelles de forfait pour identifier les failles et vous proposer des corrections avant tout contentieux.

📚 Pour aller plus loin

Besoin d'un accompagnement juridique ?

DAIRIA Avocats vous accompagne sur toutes vos problématiques en droit du travail, paie et sécurité sociale. Consultation initiale offerte.

Prendre rendez-vous → Tester notre IA juridique
← Tous les articles
Partager :

Articles similaires

Avocat URSSAF Paris : controle et contentieux

Avocat URSSAF Paris : controle et contentieux

Avocat URSSAF Paris : controle et contentieux Le controle URSSAF est l’un des evenements les plus re...

Avocat contentieux prud’homal Paris : defense employeur

Avocat contentieux prud’homal Paris : defense employeur

Avocat contentieux prud’homal Paris : defense employeur Le contentieux prud’homal est le coeur du dr...

Salarié en arrêt maladie depuis 6 mois : guide complet pour l’employeur

Salarié en arrêt maladie depuis 6 mois : guide complet pour l’employeur

Votre salarié est en arrêt depuis 6 mois ? Découvrez vos droits, obligations et options légales pour...