Conseils pratiques Droit du travail

Harcèlement au travail : les nouvelles obligations de l’employeur en 2025-2026

Sofiane Coly Sofiane Coly
23 juillet 2025 5 min de lecture
Harcèlement au travail : les nouvelles obligations de l’employeur en 2025-2026

Le harcèlement moral et sexuel au travail fait partie des sujets les plus sensibles pour un employeur. Au-delà de la souffrance humaine qu’il engendre, il expose l’entreprise à des risques juridiques et financiers considérables : nullité du licenciement, dommages et intérêts sans plafond, responsabilité pénale, atteinte à la réputation. Les obligations de l’employeur en matière de prévention et de traitement du harcèlement se renforcent en 2025-2026. Voici ce que vous devez mettre en place.

Rappel : l’obligation de sécurité de l’employeur

L’employeur est tenu d’une obligation de sécurité envers ses salariés (article L. 4121-1 du Code du travail). En matière de harcèlement, cette obligation implique deux volets : la prévention (empêcher le harcèlement de se produire) et la réaction (agir immédiatement quand un signalement est effectué).

La Cour de cassation a précisé que l’employeur peut s’exonérer de sa responsabilité s’il démontre qu’il a pris toutes les mesures de prévention nécessaires et qu’il a agi rapidement et efficacement dès qu’il a eu connaissance de faits de harcèlement. Mais cette exonération est appréciée strictement par les juges.

Concrètement, un employeur qui n’a mis en place aucune politique de prévention, qui n’a pas désigné de référent, ou qui tarde à réagir face à un signalement sera systématiquement condamné, même s’il n’est pas lui-même l’auteur du harcèlement.

Les référents harcèlement : qui doit les désigner ?

Deux types de référents doivent être désignés :

Le référent CSE : dans toutes les entreprises dotées d’un comité social et économique, le CSE doit désigner un référent en matière de lutte contre le harcèlement sexuel et les agissements sexistes. Cette obligation s’applique quelle que soit la taille de l’entreprise dès lors qu’un CSE est en place (article L. 2314-1 du Code du travail).

Le référent employeur : dans les entreprises de 250 salariés et plus, l’employeur doit désigner un référent chargé d’orienter, d’informer et d’accompagner les salariés en matière de lutte contre le harcèlement sexuel et les agissements sexistes (article L. 1153-5-1 du Code du travail).

Même dans les entreprises de moins de 250 salariés, il est fortement recommandé de désigner un interlocuteur identifié. En cas de contentieux, le juge examinera les mesures de prévention effectivement mises en place.

Le rôle concret du référent

Le référent n’est pas qu’un nom sur un organigramme. Il doit être formé, joignable, et connu des salariés. Son rôle est d’accueillir les signalements, d’orienter les victimes vers les interlocuteurs adaptés (médecin du travail, inspection du travail, associations), et de participer à la procédure d’enquête interne le cas échéant. Prévoyez un budget de formation (1 à 2 jours) et dégagez du temps dédié.

La procédure d’enquête interne : comment la mener ?

Lorsqu’un signalement de harcèlement vous parvient, vous devez réagir rapidement et mener une enquête interne. Cette enquête n’est pas facultative : la Cour de cassation considère que l’absence d’enquête après un signalement constitue un manquement à l’obligation de sécurité, même si les faits s’avèrent infondés.

Voici les étapes essentielles d’une enquête interne conforme :

1. Accusez réception du signalement par écrit, dans les 48 heures. Informez le salarié que vous allez diligenter une enquête.

2. Constituez une commission d’enquête composée de personnes neutres et formées. Elle peut inclure le référent harcèlement, un membre de la direction, un représentant du personnel. Évitez d’y inclure le supérieur hiérarchique direct de la victime ou du mis en cause.

3. Auditionnez les personnes concernées : la victime présumée, le mis en cause, les témoins éventuels. Chaque audition doit faire l’objet d’un compte-rendu écrit, signé par la personne auditionnée si possible.

4. Garantissez la confidentialité tout au long de la procédure. Les informations recueillies ne doivent être communiquées qu’aux personnes strictement nécessaires au traitement du dossier.

5. Rédigez un rapport d’enquête concluant soit à la caractérisation de faits de harcèlement, soit à leur absence, avec une recommandation de mesures.

6. Prenez les mesures adaptées : si le harcèlement est caractérisé, sanctionnez l’auteur (pouvant aller jusqu’au licenciement pour faute grave). Prenez des mesures de protection de la victime (changement d’affectation si elle le souhaite, accompagnement psychologique).

Harcèlement moral : les points de vigilance spécifiques

Le harcèlement moral (article L. 1152-1 du Code du travail) se caractérise par des agissements répétés ayant pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte aux droits et à la dignité du salarié, d’altérer sa santé physique ou mentale, ou de compromettre son avenir professionnel.

La jurisprudence a considérablement élargi la notion de harcèlement moral. Sont désormais reconnus comme du harcèlement : les critiques systématiques et injustifiées, la mise à l’écart d’un salarié, la surcharge ou la sous-charge délibérée de travail, les objectifs irréalistes, le retrait de responsabilités sans justification, l’isolement géographique.

Point important : le harcèlement moral n’implique pas nécessairement une intention de nuire. Un management trop exigeant, même sans malveillance, peut être qualifié de harcèlement si ses effets sur le salarié sont avérés. C’est ce qu’on appelle le « harcèlement managérial ».

Les sanctions encourues par l’employeur

En cas de harcèlement avéré, les conséquences pour l’employeur sont lourdes :

Sur le plan civil : le licenciement d’un salarié ayant dénoncé de bonne foi des faits de harcèlement est nul. L’indemnité minimale est de 6 mois de salaire, sans plafond (le barème Macron ne s’applique pas). Le salarié peut également demander sa réintégration et des dommages et intérêts pour préjudice moral.

Sur le plan pénal : le harcèlement moral est puni de 2 ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende (article 222-33-2 du Code pénal). Le harcèlement sexuel est puni de 2 ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende, portés à 3 ans et 45 000 euros en cas de circonstances aggravantes.

Sur le plan de la faute inexcusable : si le harcèlement a causé un accident du travail ou une maladie professionnelle, l’employeur peut être reconnu coupable de faute inexcusable, avec une indemnisation majorée à sa charge.

Votre plan de prévention en 6 points

1. Rédigez et diffusez une politique anti-harcèlement. Intégrez-la au règlement intérieur. Définissez clairement ce qui constitue du harcèlement, la procédure de signalement et les sanctions encourues.

2. Désignez et formez vos référents. Au minimum le référent CSE obligatoire, et idéalement un référent côté employeur, même sous 250 salariés.

3. Formez vos managers. Ils sont en première ligne. Formez-les à détecter les signaux faibles, à ne pas banaliser les comportements inappropriés et à relayer les signalements.

4. Mettez en place un canal de signalement. Email dédié, plateforme en ligne, ou interlocuteur identifié. Le salarié doit savoir vers qui se tourner et avoir confiance dans le traitement de son signalement.

5. Documentez vos actions de prévention. Conservez les preuves de vos formations, communications, et actions menées. En cas de contentieux, ces documents sont votre meilleure défense.

6. Réagissez immédiatement à chaque signalement. Même si les faits semblent mineurs, lancez une enquête. La passivité est toujours sanctionnée.

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