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Temps de travail : ce que tout dirigeant doit savoir en 10 minutes

Sofiane Coly Sofiane Coly
7 avril 2025 5 min de lecture
Temps de travail : ce que tout dirigeant doit savoir en 10 minutes

Le temps de travail est l’un des sujets les plus réglementés du droit du travail français, et l’un des plus mal compris par les dirigeants. Les 35 heures ne signifient pas que vos salariés ne peuvent pas travailler plus. Le forfait jours n’est pas un blanc-seing pour faire travailler un cadre sans limite. Et les pauses ne sont pas une faveur que vous accordez.

Ce guide condense l’essentiel de ce que vous devez savoir en tant que dirigeant pour respecter la loi, éviter les litiges et organiser efficacement le travail dans votre entreprise.

Les 35 heures : un seuil, pas un plafond

La durée légale du travail en France est de 35 heures par semaine pour un salarié à temps plein. Mais attention : 35 heures n’est pas une durée maximale, c’est le seuil de déclenchement des heures supplémentaires.

Concrètement, cela signifie que vos salariés peuvent tout à fait travailler 39 heures ou 42 heures par semaine. Simplement, les heures au-delà de 35 sont des heures supplémentaires, soumises à majoration de salaire et à un contingent annuel.

Les limites absolues à ne jamais dépasser

10 heures par jour maximum (sauf dérogation conventionnelle jusqu’à 12h)
48 heures par semaine maximum (absolument)
44 heures en moyenne sur 12 semaines consécutives
11 heures de repos minimum entre deux journées de travail
24 heures de repos consécutives par semaine (en plus des 11 heures quotidiennes, soit 35 heures d’affilée)

Exemple concret : Un salarié qui termine à 22h ne peut pas reprendre avant 9h le lendemain (11h de repos). Si un samedi est travaillé, le repos hebdomadaire de 35h consécutives doit être assuré (par exemple dimanche + lundi matin).

Heures supplémentaires : calcul, majoration et contingent

Toute heure travaillée au-delà de 35 heures hebdomadaires est une heure supplémentaire. Le décompte se fait à la semaine civile (du lundi 0h au dimanche 24h), sauf accord d’entreprise prévoyant une autre période de référence.

Les taux de majoration

Le Code du travail prévoit :

– De la 36e à la 43e heure : majoration de 25 %
– À partir de la 44e heure : majoration de 50 %

Mais votre convention collective peut prévoir des taux différents, avec un minimum de 10 %. Vérifiez toujours votre convention en premier.

Le contingent annuel

Le contingent annuel d’heures supplémentaires est de 220 heures par salarié et par an (sauf accord collectif fixant un autre contingent). Au-delà, chaque heure supplémentaire ouvre droit à une contrepartie obligatoire en repos (50 % pour les entreprises de moins de 20 salariés, 100 % au-delà).

Le forfait jours : pour qui, comment, quelles limites

Le forfait annuel en jours permet de décompter le temps de travail en jours sur l’année plutôt qu’en heures sur la semaine. Il est plafonné à 218 jours par an (sauf accord plus favorable).

Qui peut en bénéficier ?

Le forfait jours est réservé à deux catégories de salariés :

– Les cadres qui disposent d’une autonomie dans l’organisation de leur emploi du temps
– Les salariés dont la durée du temps de travail ne peut être prédéterminée et qui disposent d’une réelle autonomie

Les conditions de validité

Pour mettre en place un forfait jours, vous devez impérativement :

1. Disposer d’un accord collectif (convention collective ou accord d’entreprise) qui l’autorise et en fixe les modalités
2. Conclure une convention individuelle de forfait écrite avec chaque salarié concerné
3. Assurer un suivi régulier de la charge de travail (entretien annuel obligatoire)

Attention : Un forfait jours mis en place sans accord collectif ou sans convention individuelle écrite est nul. Le salarié peut alors réclamer le paiement de toutes ses heures supplémentaires sur 3 ans en arrière.

Les temps de pause et de repos : ce que dit la loi

Le droit à la pause n’est pas une option. Dès que le temps de travail quotidien atteint 6 heures continues, le salarié a droit à une pause d’au moins 20 minutes consécutives. Cette pause n’est en principe pas rémunérée, sauf si le salarié reste à la disposition de l’employeur pendant celle-ci.

La pause déjeuner

La loi ne fixe pas de durée minimale spécifique pour la pause déjeuner. Cependant, de nombreuses conventions collectives prévoient un minimum de 30 minutes à 1 heure. En pratique, si vos salariés travaillent en continu de 9h à 17h, la pause de 20 minutes prévue par la loi est un strict minimum. Une pause déjeuner d’au moins 45 minutes est la norme dans la plupart des secteurs.

Les cas particuliers à connaître

Le temps partiel

Un contrat à temps partiel doit prévoir une durée minimale de 24 heures par semaine (sauf dérogation conventionnelle, demande écrite du salarié, ou CDD de remplacement). Les heures complémentaires (au-delà de la durée contractuelle) sont majorées de 10 % dans la limite du dixième de la durée hebdomadaire, puis de 25 % entre le dixième et le tiers.

Le travail de nuit

Le recours au travail de nuit (entre 21h et 7h en principe) doit être justifié par la nécessité d’assurer la continuité de l’activité économique. Il donne lieu à des compensations en repos et/ou en salaire prévues par la convention collective.

Les astreintes

L’astreinte est une période pendant laquelle le salarié, sans être sur son lieu de travail, doit pouvoir intervenir rapidement. Le temps d’astreinte n’est pas du temps de travail effectif, mais le temps d’intervention l’est. Les astreintes doivent donner lieu à une compensation financière ou en repos.

L’obligation de suivi du temps de travail

L’employeur a l’obligation de mettre en place un système de décompte du temps de travail pour chaque salarié. Ce système peut être une pointeuse, un logiciel de gestion des temps, ou un document déclaratif hebdomadaire signé par le salarié.

En cas de litige sur les heures supplémentaires, la charge de la preuve est partagée : le salarié doit apporter des éléments suffisamment précis, mais c’est à l’employeur de justifier les horaires réellement effectués. Sans système de suivi, vous êtes en position de faiblesse.

Conseil pratique : Mettez en place un outil de suivi du temps de travail dès votre premier salarié. Même un simple tableur signé chaque semaine vaut mieux que rien. Pour les salariés au forfait jours, tenez un suivi du nombre de jours travaillés et des jours de repos pris.

Le temps de travail est un sujet où la connaissance des règles vous protège autant que vos salariés. Une organisation claire, un suivi rigoureux et le respect des maxima légaux sont les trois piliers d’une gestion sereine du temps de travail dans votre entreprise.

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