Le transfert d’entreprise est une opération qui, en vertu de l’article L. 1224-1 du Code du travail, entraîne le maintien automatique des contrats de travail des salariés. Mais que deviennent les avantages conventionnels lorsque le repreneur applique une convention collective différente ? Cette question est au coeur de nombreux contentieux et mérite une analyse approfondie.
Le principe du transfert automatique
L’article L. 1224-1 dispose que « lorsque survient une modification dans la situation juridique de l’employeur, notamment par succession, vente, fusion, transformation du fonds, mise en société de l’entreprise, tous les contrats de travail en cours au jour de la modification subsistent entre le nouvel employeur et le personnel de l’entreprise ».
Ce transfert est :
- Automatique : il s’opère de plein droit, sans formalité particulière.
- Obligatoire : ni l’employeur ni le salarié ne peuvent s’y opposer (sauf exceptions limitées).
- D’ordre public : toute clause contraire est nulle.
Le sort de la convention collective lors du transfert
Mise en cause de la convention collective
Lorsque le repreneur relève d’une convention collective différente de celle du cédant, la convention de l’ancien employeur est « mise en cause » au sens de l’article L. 2261-14 du Code du travail. Cette mise en cause produit les mêmes effets qu’une dénonciation :
- La convention mise en cause continue de s’appliquer pendant une durée de préavis (en général 3 mois) suivie d’un délai de survie de 12 mois.
- Pendant ce délai, une négociation d’adaptation doit s’engager en vue de la conclusion d’un accord de substitution ou de transition.
- À défaut d’accord dans le délai de 15 mois, les salariés conservent la garantie de rémunération prévue à l’article L. 2261-14.
L’accord de transition et l’accord de substitution
L’article L. 2261-14-2 permet la conclusion de deux types d’accords :
- L’accord de transition : conclu avant le transfert, il fixe les conditions d’application de la nouvelle convention aux salariés transférés pour une durée maximale de trois ans.
- L’accord de substitution : conclu après le transfert, il se substitue aux dispositions de l’ancienne convention.
La garantie de rémunération
En l’absence d’accord de substitution, l’article L. 2261-14 garantit aux salariés transférés le maintien de leur rémunération annuelle, incluant la rémunération versée au cours des douze derniers mois. Cette garantie porte sur les éléments de rémunération effectivement perçus et est intégrée au contrat de travail.
Exemple concret
Une entreprise de nettoyage (convention propreté, IDCC 3043) reprend un marché de nettoyage précédemment attribué à un concurrent relevant de la même convention. Dans ce cas, le transfert conventionnel prévu par la convention de la propreté (article 7) s’applique et les salariés sont transférés avec l’ensemble de leurs droits conventionnels. Si, en revanche, le repreneur relève d’une autre convention (par exemple, la convention des services à la personne), la convention propreté sera mise en cause et le mécanisme de survie s’enclenche.
Les transferts conventionnels
Certaines conventions collectives organisent un transfert obligatoire des salariés en cas de perte de marché, indépendamment de l’application de l’article L. 1224-1. C’est le cas notamment dans les secteurs de la propreté, de la restauration collective, de la sécurité privée et de la prévention et sécurité. Ces dispositions conventionnelles imposent au repreneur de reprendre les salariés affectés au marché perdu, sous certaines conditions d’ancienneté et de temps de travail.
Points de vigilance
- Due diligence sociale : avant tout rachat, le repreneur doit auditer les droits conventionnels des salariés transférés pour anticiper le coût de la transition.
- Information des salariés : les salariés doivent être informés du changement de convention collective applicable.
- Refus du transfert : le salarié ne peut pas refuser le transfert de son contrat. En revanche, il peut contester les conditions d’application de la nouvelle convention.
- Sort des accords d’entreprise : les accords collectifs de l’ancien employeur sont également mis en cause et suivent le même régime de survie.
Conclusion
Le transfert de contrats de travail et le changement de convention collective sont des opérations juridiquement complexes qui nécessitent une anticipation rigoureuse. La protection des droits des salariés transférés repose sur un équilibre entre maintien des avantages acquis et intégration dans le nouveau cadre conventionnel.
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📚 Pour aller plus loin
- → Hiérarchie des normes en droit du travail : loi, convention collective, accord d’entreprise, contrat
- → Transfert d’entreprise article L.1224-1 : conséquences sur les contrats de travail
- → Transfert d’entreprise article L.1224-1 : conséquences sur les contrats de travail
- → Convention collective de la restauration collective : transfert de personnel et conditions de travail
- → Transfert d’entreprise (article L1224-1) : effets sur les contrats de travail